EN DIRECT DU COULOIR DE LA MORT DU TEXAS
Par Paul Colella
Semaine du 20 au 25 janvier 2002
Le 21 janvier, l'anniversaire de Martin Luther King, Jr - l'emblème du mouvement des droits civiques. J'ai l'impression de pouvoir m'identifier à lui dans ce mouvement car moi aussi je me bats pour l'amélioration du monde dans lequel je vis.

Alors que je suis assis ici à réfléchir à la prochaine action, ma lèvre est coupée, mon ¦il est en train d'enfler, j'ai plusieurs petites coupures et des égratignures. Pourquoi ? Et bien parce que le pouvoir en place a décidé que nous devions être harassés avec trois fouilles de cellule par jour, pas tout le monde, juste ceux qui ont " entarté " les gradés ou balancés des trucs sur les officiers, nous ne sommes pas supposés avoir un conteneur quelconque pour boire. Nous avons les briques de lait des autres détenus et il n'y a rien à faire pour empêcher ça, alors du coup ça leur donne une bonne excuse. Ce qu'ils ne veulent pas comprendre c'est que s'ils nous fichaient la paix, on en ferait autant.

Alors à 6 heures ce matin, ils ont débarqué pour la fouille. La nuit dernière, on avait décidé de refuser de sortir de nos cellules, nous nous attendions à ce qu'ils s'équipent pour nous virer de force en nous gazant. Ricky Rhoades et moi, on s'est dit " ok, on fait comme ça, peut-être qu'ils arrêteront quand ils verront que nous cédons pas ". Après qu'ils soient venus nous parler deux fois, le Lt Price, dit le menteur, leur a dit d'aller s'équiper. Ricky va se les taper en premier. " Les voilà " se met à hurler Brian Davis. Je me demande ce qu'il passe, pas de cannette de gaz, pas de masque à gaz, je parie que c'est une blague. C'est juste qu'ils ne savent pas qu'on ne va pas gober ça. Le Sergent Showman demande à Ricky de se rendre, à deux reprises il refuse, ils ont juste ouvert la porte et lui ont foncé dessus. Boom ! Bang ! Bing ! Ils l'ont sorti comme ça, menottes et chaînes aux chevilles, le tenant par les bras et par les jambes, la tête en bas. Il les insulte, il souffre encore de sa dernière extraction de cellule quand ils l'ont frappé au sternum. Ils l'ont emmené à l'infirmerie puis il est revenu et voilà le Lt Price qui vient me parler. Non ! je ne sortirais pas. Alors le Sergent Showman m'a fait deux sommations. Non. Ils ont ouvert la porte mais surprise, j'avais bloqué la porte avec, à peu près, 75 kilos de paperasse juridique. Le gardien Triplett, qui était l'homme de front, le " point man ", est tombé. Le gardien Martin, les gradés Michaels, Dunn et Nunley formaient le reste de l'équipe. La procédure veut que les 4 hommes de l'équipe poussent l'homme de front avec son bouclier à l'intérieur de la cellule. Quand Triplett est tombé cela les a peu déstabilisés, mais ils sont bien entraînés et cela ne m'a laissé le temps que de quelques coups de poing et  coups de pieds avant qu'ils ne me mettent le grappin dessus. J'ai vu un poing noir m'arriver dessus mais je ne pouvais pas bouger pour l'éviter. Pan, un sur le côté de la tête. Triplett était le seul noir de l'équipe, il cogne comme une fille et quand je lui ai ri au nez, ça ne lui a pas plu. J'en ai pris deux ou trois autres et puis dans mon champ de vision, je me suis aperçu qu'il y avait une ouverture et j'ai balancé mon coude dans les parties génitales de quelqu'un. J'ai su, au bruit, que j'avais atteint mon but. Je ne savais qui j'avais touché, il fallait que je trouve. Ils ont fini par me mater avec un chapelet d'insultes de Nunley qui me traitait de tous les noms. Du coup, il a perdu mon estime et je le considère plutôt comme un flic. Pendant qu'ils me menottent et qu'ils m'enchaînent, je continue à ricaner pour leur montrer à quel point je m'en  fiche.

Quand ils m'ont fait sortir, j'ai hurlé de rage pour qu'ils me laissent tranquille. L'infirmière est venue voir ma figure et leur a demandé de m'emmener à l'infirmerie. J'ai marché genre 10 mètres et je leur ai dit que les chaînes étaient tellement serrées que je m'arrêtais de marcher purement et simplement. En fait j'aurais pu le faire, mais bon, ça les a retardé le temps d'aller chercher un brancard pour aller jusqu'à l'infirmerie. Pendant tout ce temps-là, je répétais à Triplett que le sang appelle le sang et que tout ça se paierait un jour.

L'infirmière Byron m'a nettoyé le visage, pris le pouls et vérifié les signes vitaux. Ils ont pris des photos avant que les plaies n'enflent et que les bleus n'apparaissent. Ils pensent qu'ils sont futés en faisant ça. Ils devraient revenir le jour suivant. Bon, alors je reviens finalement à ma cellule. Ils m'allongent par terre et je leur dis que s'ils me retirent les menottes en étant à l'intérieur, je remets ça. Ils me retirent les chaînes de chevilles et sortent de ma cellule. Je me lève, je passe les mains dans la trappe, ils déverrouillent une menotte, m'attrapent le bras et tirent dessus pour que je ne puisse pas le retirer. Alors qu'ils mettent la clef dans la 2ème menotte, je vais pour la bloquer en déplaçant ce bras mais je ne sais pas pourquoi la menotte se défait et je ressors mon bras dans cette nouvelle trappe magique qui est sensée être " inviolable ". Quelle farce ! Ils poussent et tirent en essayant de comprendre ce qu'ils doivent faire puisque je suis le premier à bloquer ce nouveau système. Finalement, ils décident de lutter avec mon bras pour le repousser à l'intérieur et refermer leur côté de la boîte. En voici la conception :

Ils referment le couvercle pendant que mon bras était légèrement replié. Ils luttent encore un peu et me coupent la main avec la bordure de la boîte. Si j'avais eu une lame de rasoir, ils n'auraient pas joué à ça. Ils m'auraient simplement gazé. Bon alors, c'est fini et je suis dans ma cellule. Je récupère une brique de lait vide que j'avais cachée et je me fais un peu de café. 'Nous y arriverons, nous y arriverons ". Je crois en notre lutte, du coup, tout ça m'est un peu égal, on appelle ça " à la dur ". Défendre ses convictions est une chose qui est toujours récompensée. Beaucoup d'entre vous ne savez pas combien c'est difficile de ne pas se laisser aller " à la dur ". Je m'assieds et je regarde les gardiens cracher sur les détenus, refusant de les nourrir, de les escorter à la douche ou à la récréation ou de les fracasser face contre terre alors qu'ils sont menottés derrière le dos. Notre lutte est juste et nos actions sont le seul moyen à  notre disposition pour y parvenir. Nous avons supplié, hurlé, crié pour obtenir de l'aide,  maintenant, nous nous aidons tous seuls. Je suis assis tout seul dans ma cellule et j'écoute les  conversations autour de moi. J'entends des voix de frustrations, des voix angoissées essayant désespérément de trouver un  moyen d'améliorer notre existence. Mais il semble que nous devions nous débrouiller seuls et par nos propres moyens. Aujourd'hui, c'était la première fois que je me débattais contre l'équipe d'extraction ici à Polunsky. Je ne les rejette pas plus qu'ils ne me rejettent. " Je ne m'en irai pas discrètement en cette belle nuit. " Un vers d'un poème de Dylan Thomas. " Je suis innocent et je ne devrais pas être ici ". Cette pensée m'envahit la tête et décuple mes forces. Je ne me plierai pas, ni ne me briserai car je me battrais pour ce en quoi je crois !

Le 22 janvier,

Toute la journée a été calme - jusqu'à ce qu'ils nous apportent nos chaussettes et nos sous-vêtements. Ils étaient à court de stock avant d'arriver à la section F. Comme d'habitude nous nous sommes plaints et le gardien Strickland a dit qu'il allait nous en récupérer. Il était à peu près 19h15. Une heure plus tard, nous avons eu la distribution du courrier, rien de volumineux comme des magazines ou des journaux car le service du courrier s'assoit toujours là-dessus le plus longtemps possible. Quand Strickland a apporté le courrier, nous lui avons redemandé des chaussettes propres. C'était déjà notre 3ème jour sans chaussettes propres. Il a dit qu'il allait vérifier. Une heure passe. Les gardiens sont tous installés autour du piquet de surveillance, ce qui est contraire au règlement, mais ça ne les dérange pas de contourner le  règlement lorsque c'est à leur avantage. Il est 21h30, une demi-heure afin la fin de leur service alors on commence à taper pour réclamer. Le gardien Tolly éteint nos lumières, nous voilà tous dans le noir. Maintenant ceux qui étaient en train de lire ou d'écrire sont mécontents et commencent à taper aussi. Alors Soulja crie à qui veut l'entendre " on inonde " et Chi Town dit " on y va ". On commence à faire monter l'eau et voilà le Sergent Thompson qui nous dit que les chaussettes arrivent. Comme on a déjà commencé avec l'eau, on décide de continuer. En fait, on laisse partir la flotte lorsque le chariot avec les chaussettes arrive dans le couloir. Les gardiens s'agitent et cherchent la clef pour couper l'eau. Seulement 3 ou 4 d'entre nous avaient participé à l'opération, mais le gardien Tolly coupe l'eau dans toutes les cellules, ce qui, de fait, énerve tout le monde. La 3ème relève de gardiens prend son service et débarque dans un bordel absolu mais comme ils savent que nous sommes passablement énervés, ils  récupèrent la clef, rouvrent l'eau et nous demandent de ne plus inonder. Encore ce mot-clef que nous respectons - demander. J'ai mal de partout des coups de poings d'hier, mais je ne suis pas en colère. Je suis aussi en restriction de nourriture pour 7 jours parce que j'ai bloqué la nouvelle trappe inviolable avec mon bras. Les idiots ! Enfin, nous verrons ce que demain nous réserve. C'est l'heure d'aller au lit.

Le 23 janvier,

On n'a pas l'impression qu'il va se passer quoi que ce soit aujourd'hui alors je vais plutôt vous parler de mes acolytes. Commençons par Soulja, alias Leon Dorsey. Ici nous avons quelques jeunes noirs très intelligents, des purs produits d'une société qui rejette les enfants pauvres à problème. Il est entré très jeune dans un gang et on dit qu'il a tué quelqu'un à l'âge de 11 ans. Une éducation très violente l'a amené ici dans le couloir, il ne nie pas le crime pour lequel il a été condamné. Soulja est sans aucun doute un vrai sauvage, lui et moi laissons de côté les tabous racistes et on s'éclate bien en abordant les conneries racistes qu'on a pu nous faire croire dans notre jeunesse. Je ne savais pas avant qu'il y avait une différence entre le " nigga " et " nigger " mais maintenant je sais que le mot " nigga " est en fait un compliment. Malgré nos batailles racistes illusoires, les prisonniers blancs, noirs ou hispaniques finissent par lâcher un peu de leste sur le sujet. Ce n'est pas souvent qu'on entend un noir blaguer à ce propos avec un blanc et un blanc lancer des vannes à un noir. Mais en fait, cela détend bien l'atmosphère entre nous à propos de la discrimination raciale. Alors du coup, il n'y a pas que lui et moi qui jouons ce jeu-là mais d'autres font la même chose et peuvent rire des tabous de notre société. Je parie que vous n'entendrez jamais rien de négatif sur le sujet dans cette section. Ils viennent de déménager Lil Jack, Derrick Jackson et de mettre Lil Sumo dans la 22.  Derrick Jackson, voilà un autre noir élevé dans la zone. Il s'est fait attrapé 3 ou 4 fois avec de la marijuana. BD, Brian Davis, voilà un mec que je considère comme mon frère. Il est un peu fou et il adore argumenter autant que moi. Il a été élevé dans une bonne famille, mais il a merdé quelque part. Bien que je ne sache rien de son crime, je ne pense pas que ce soit un meurtrier qui mérite la peine capitale. Le Baron, Jackie Wilson, un Mexicain avec un nom de blanc, ça lui a causé quelques soucis d'ailleurs mais rien de sérieux. Je ne sais pas grand chose sur lui. Bronco Bobby Hopkins, il a l'air de sortir d'un camp de concentration - il est en niveau disciplinaire quasiment depuis le début. Il adore les femmes et ne se gêne pas pour le leur  dire. Chaque fois qu'il s'apprête à descendre au niveau 1, l'une d'entre elles lui colle un rapport pour que cela n'arrive pas. Le reste à suivre.

Le 24 janvier,

Triste et humide aujourd'hui. Normalement, c'est le jour de récréation pour les prisonniers comme nous en restrictions disciplinaires, une heure le jeudi, mais, tiens, ils ont changé au samedi. Le Sergent Showman vient de passer pour me demander si je voulais me rendre à l'audience disciplinaire. Bien sûr ! Je refuserais même de quitter l'audience pour protester contre ce tribunal de pacotille. Personne n'est JAMAIS innocenté et quoi que vous ayez fait, de toutes façons, la punition est toujours 15 jours de restriction de cellule. J'en suis à 90 jours pour le moment. Ils ne peuvent, ou je devrais dire, ils ne sont pas sensés pouvoir cumuler plus de jours de restrictions, mais ils vont le faire parce qu'ils ne suivent le règlement que lorsque ça les arrange. Alors ils vont me porter jusqu'à ma cellule. Je vous raconterais quand j'en serais revenu. Bon, ils ne sont pas encore venus me chercher, je suppose que c'est la relève du 2ème service qui viendra. Du coup, je ne pourrais pas faire le con parce que j'ai conclu un  marché avec le Lt Bolton. Si je ne déconne pas pendant son service et que j'ai un problème particulier, il fera de son mieux pour le résoudre. On verra ce qu'il va se passer.

Je viens d'apprendre pourquoi je ne suis pas allé à l'audience. Ol Skanky, Mme Marshall, leur a raconté que je m'étais masturbé devant elle. Alors que je n'ai fait que de la traiter de  quelques noms d'oiseaux et de lui parler de ses faux cheveux. Alors elle tente de m'humilier avec un rapport pour masturbation, quelle connerie ! Ils viennent me chercher pour la douche, je sors dans la coursive, mais je refuse de bouger. Le Sergent vient avec 4 ou 5 autres gardiens et je lui explique le truc, je suis dans le couloir depuis 9 ans et je n'ai JAMAIS eu un rapport pour masturbation, il va le déchirer. Tout ça parce que Marshall est une vraie garce avec sa moumoute. Si jamais je faisais ça, je choisirais sûrement une autre femme et pas une vielle peau comme elle.
La suite plus tard.

15h32 - C'est le tour de Chi Town - il est sorti de la douche et s'est assis dans le couloir. Depuis 2 mois il demande à voir un psy. Petit à petit, il perd la tête et il a besoin d'aide. Le 11 janvier, Major Lester, Lt Bolton et le Sergent Griggs l'ont convoqué au bureau des Majors car un ami de Rick, qui travaille avec des patients psy, a écrit pour dire qu'il avait besoin d'aide. Tous les trois lui ont assuré qu'il allait avoir l'aide qu'il réclame. Il n'a vu personne. J'imagine qu'il doit se recouvrir d'excréments ou qu'il doit se mutiler juste pour obtenir de l'aide, ça fait deux mois qu'il attend. Ce n'est vraiment pas acceptable. Si un mec dit qu'il a des problèmes médicaux ou psychiatriques, la réponse devrait être immédiate. Voilà leur procédure, si quelqu'un a une crise cardiaque, cela prend de 15 à 20 minutes pour qu'un gradé se déplace. Si le prisonnier ne répond pas, le gradé appelle un sergent, 15 à 20 minutes plus tard, un sergent  arrive, si lui non plus n'obtient pas de réponse, il va chercher une lampe à chaleur, 10 minutes. Il maintient la lumière en place pendant 5 minutes, pas de réponse. Il fait venir une équipe d'extraction, il se passe encore 20 minutes. A ce moment-là, donc une heure plus tard, on fait appeler l'infirmière. L' équipe arrive, pas de réponse. On utilise le gaz, 5 minutes d'attente, un nouveau jet de gaz, encore 5 minutes d'attente. Ensuite on ouvre la porte et l'équipe se précipite à l'intérieur. C'est comme ça que James Session est mort juste après notre déménagement ici. Voilà le genre de gus qui tiennent nos vies entre leurs mains. C'est aussi pourquoi nous nous battons. Pourquoi est-ce qu'on fait tellement attendre Chi Town. Personne ne lui donne de réponse, On fera ce qu'il faut pour qu'il soit vu par un médecin, et ce quelles qu'en soient les conséquences !
Le reste à suivre plus tard.

Le 25 janvier,

Ils sont venus aujourd'hui et nous ont confisqué nos sous-vêtements thermolactyls.  Maintenant, on nous force à aller dehors en récréation dans le froid, du coup on va se geler puisqu'on ne nous fournit aucun vêtement d'hiver. Ils ont changé d'idée et nous nous sommes retrouvés en récréation aujourd'hui au lieu de demain.

La suite la semaine prochaine.

LES CHOSES QUE NOUS AIMERIONS VOIR CHANGER

#1) Les prisonniers du niveau III n'ont pas le droit aux achats de produits d'hygiène,  dentifrice, déodorant, savon. Nous voudrions pouvoir acheter ces produits de première nécessité. L'État ne nous fourni aucun déodorant ni shampoing. Quand on nous fournit du savon et du dentifrice, ce n'est pas en quantité suffisante.

#2)Pas de télévision, d'artisanat, pas de récréation de groupe, pas de services religieux pour le niveau I. Pendant plus de 20 ans, le couloir bénéficiait de ces choses-là. Pendant ces 20  années, les statistiques prouvent que le couloir a commis moins de violations disciplinaires par occupants que tout le reste du système pénitentiaire. Moins de bagarres, moins d'attaques contre les employés. L'interaction sociale est un BESOIN humain qui remonte à la nuit des temps. A peu près 80% de ceux qui sont au niveau II et III étaient des prisonniers actifs dans le programme de travail à Ellis 1. Il n'y a AUCUNE raison pour que tout cela ne soit pas remis en place. ABSOLUMENT AUCUNE RAISON.

#3) Des comportements non-professionnels de la part des gradés et des supérieurs. Les gardiens manquent souvent de respect envers les prisonniers, ils les insultent, ce qui est une violation du règlement du TDCJ. Ils le font sans aucune crainte car ils savent pertinemment que le système de plaintes internes est une farce totale. Ils se couvrent les uns, les autres. Lorsque les gradés observent les gardiens à ce moment précis et qu'ils ne sont pas réprimandés, comment voulez-vous qu'ils ne le fassent pas ensuite eux-mêmes ? Lorsqu'une plainte est déposée, tout ce qu'ils font c'est de poser la question au gradé " est-ce que c'est vrai ? " si le gradé nie, la plainte est renvoyée sans que le problème n'ait été abordé. Les gardiens et les gradés rient et blaguent à propos des exécutions. Malgré le règlement, ils refusent de nourrir, d'escorter à la douche ou à la récréation certains détenus. Ce n'est pas du ressort du gardien de décider si un détenu a violé le règlement, il doit juste faire venir un gradé ou bien faire un rapport disciplinaire. Il n'est pas de son ressort d'imposer des punitions. Les gardiens refusent de faire appeler un gradé quand il y a un problème. Quand un gradé se déplace, en général, il tente de pacifier plutôt que de rectifier. Il faudrait vraiment que des gradés, à partir du grade de Capitaine, viennent plus souvent pour visser la situation plutôt que de rester dans leurs bureaux à récupérer des informations de 2ème ou 3ème main. Une visite quotidienne d'un Capitaine et une visite hebdomadaire ou bi-hebdomadaire d'un major et d'un sous-directeur feraient une différence notable.

#4) Les visites spéciales suspendues pour les niveaux II et III. Aucune raison valable pour cette nouveauté. Les visites spéciales ont été créées pour la famille et les amis qui font des milliers de kilomètres pour une visite d'une heure ou deux. Oui, les détenus bénéficient de ces visites, mais elles ont été créées pour le confort des visiteurs.

#5) Modification de la liste de visiteurs tous les 6 mois. Ceci n'est même pas une bataille du couloir car nous recevons de nombreuses visites à cause de notre situation. Si un détenu a une famille nombreuse et beaucoup de supporters, 6 mois d'attente pour changer la liste, c'est très long. Il n'y a aucune raison pour qu'elle ne puisse pas être modifiée tous les 60 ou 90 jours.

#6) Abus du système de classification. Le système de classification a été mis en place comme outil de réhabilitation pour les prisonniers violents et rebelles chroniques. Quand nous avons été condamnés à mort, les tribunaux ont décidé que nous étions au-delà de la réhabilitation. De ce fait, un programme de réhabilitation ne peut pas s'appliquer à notre catégorie. Non seulement, il est utilisé MAIS en plus il est déformé par le Major Lester et le sous-directeur Massey, les Lts Price et Roach et les sergents qui siègent à la commission disciplinaire. Le death row plan * précise clairement que le système de classification ne concerne que les prisonniers violents et les rebelles CHRONIQUES. Pourtant, des prisonniers qui n'ont pas eu de rapport disciplinaire depuis 10 ou 15 ans se retrouvent en niveau disciplinaire. Des  prisonniers qui ne sont pas violents se retrouvent au niveau III. Le DR plan précise également que les prisonniers du niveau III doivent passer en commission TOUS les 30 jours, et les niveaux II tous les 90 jours. Mais pour nous donner une leçon, on nous garde de 90 à 180 jours au niveau III et 180 jours au niveau II. Il est bien rare de voir qui que ce soit redescendre du niveau III au niveau II en 30 jours. Cela vient en plus de la sanction imposée par la commission disciplinaire. Alors on se retrouve puni, dans certains cas, pour une année à partir d'un seul rapport disciplinaire.  Un mec qui a eu un rapport unique en 15 ans a passé 6 mois à ce régime-là.

#7) Restriction des objets autorisés en cellule. Les condamnés à mort passent 23 heures par jour dans leur cellule, si les affaires sont rangées dans les endroits appropriés, il n'y a aucune raison valable pour restreindre la quantité de possessions personnelles. On nous limite désormais à l'équivalent de deux sacs à oignons ce qui ne remplit même pas l'espace alloué au rangement. Nous devrions pouvoir conserver autant de choses que nous le souhaitons tant que celles-ci sont rangées comme il se doit.

#8) Pas d'accès au téléphone. L'accès au téléphone devrait être à nouveau concédé. Les coups de fils sont importants pour les détenus dont les familles habitent loin et ne peuvent pas venir en visite. La seule raison qui pourrait suspendre ses appels serait une décision disciplinaire.

#9) Vêtements et effets personnels. Les vêtements et les draps sont, la plupart du temps, humides, sales et portent encore l'odeur de l'utilisateur précédent. La lingerie ne lave pas correctement ni ne sèche ce linge qui d'ailleurs est souvent déchiré ou avec des boutons manquants. Il y a des trous dans les chaussettes et on ne nous donne pas suffisamment de savon.

#10) Procédure de récréation. Quand il pleut dehors, on nous force à accepter la récréation en extérieur ou à refuser la récréation tout court. Pour nous qui sommes en restriction de récréation, nous n'avons jamais d'autre choix que l'extérieur quel que soit le temps. Avec une seule heure de récréation par semaine, nous devrions pouvoir choisir l'intérieur ou l'extérieur.

#11) Les audiences disciplinaires. Ces audiences sont une farce. Aucun témoin n'est jamais cité à comparaître ou alors aucune question ne lui est jamais posée. Le responsable décide que le prisonnier a tort qu'il y ait des preuves ou non à cet effet. Lorsque nous faisons appel de ces décisions, on nous retourne les appels comme non-recevables ou on nous raconte que nous avons eu une audience juste.

Aucune des revendications ci-dessus n'est outrageante ou ne dépasse l'entendement. Elles simplifieraient la vie de tous, gardiens et prisonniers. Nous ne demandons pas l'aumône.

Paul Colella #999045
 

* Death Row Plan : vient en complément du règlement général qui définit les conditions d'incarcération. Le death row plan comporte des conditions particulières qui ne s'appliquent qu'aux condamnés à mort.

Traduction par S. Ageorges - (c) La reproduction totale ou partielle de ce document ne peut se faire sans l'accord préalable de l'auteur.

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